Je reçois régulièrement des demandes de conseils de celles qui souhaitent monter leur business, connaître mon parcours et mes astuces pour vivre de mes créations. J'essaie de toujours y répondre parce que débuter seul n'est pas une chose aisée, j'en sais quelque chose : il y a 5 ans les auto-entrepreneurs se lançaient un peu à l'aveuglette, le statut étant tout neuf. Mais peut être que c'était finalement plus simple, les communautés créatives se soutenaient les unes les autres, l'excitation était la même partout et le statut était si flou que nous voguions en free party.

Aujourd'hui la situation a changé : nous sommes de plus en plus nombreux à tenter notre chance, le statut change de cadre régulièrement et les taxes s'accumulent. Pour se tenir informé, je conseille avant tout de visiter le portail officiel de l'auto-entrepreneur. Lui et seulement lui apportera toutes les réponses à vos questions en relation avec le statut ; vous pourrez y inscrire votre entreprise gratuitement. Attention aux contre-façons qui vous demandent de payer l'inscription, les arnaques sont nombreuses sur la toile ... et dans votre boite aux lettres.

 

Mon parcours :

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Etsy

A la naissance de ma fille ... blablabla, nous sommes une grande majorité à avoir changé de cap à la naissance de nos enfants. Voilà la preuve que nous sommes astucieuses et créatives lorsqu'il s'agit de trouver une solution au manque d'épanouissement personnel, de considération professionnelle et de garde d'enfant.

- J'avais entre mes mains une véritable passion pour la couture et je sentais que cette passion avait le potentiel de me faire manger. C'était la base !

- J'éprouvais de grandes difficultés à accomplir mon job sans trahir mes valeurs humaines visiblement incompatibles avec la grande distribution et sa quête du profit.

- Culpabilité parentale : je baladais ma fille de la maternelle à la garderie, de la garderie à la nounou, de la nounou au centre aéré, du centre aéré à la famille proche (je bossais le week end aussi).

 

Me lancer dans le bain était mon issue, ma solution créative pour me faire une vie meilleure. J'ai donc tout quitté, créé un site made in Shirley qui ne connait rien de tout ça et ouvert ma boutique sur A little Market. Avec rien, sauf une énorme motivation et un amour fou pour la couture. J'ai lu toutes les discutions de tous les forums, j'ai appris sur le tas, essentiellement de mes erreurs (haaaa 10€ le tapis de change qui m'avait couté 5€ de matériel et 1h30 de travail).

J'ai investi progressivement, passant d'une machine à coudre à 79€ chez Lidl à une Necchi 681, puis une machine à coudre et broder Brother Innovis 950, puis une Pfaff Expression et enfin, ma toute dernière, une Bernina gamme 7. Chaque achat a été pensé pour le confort et la rapidité de couture, chaque dépense était effrayante car un investissement propre entraîne un besoin d'entrée d'argent supérieur. Je ne suis pas contre le système des cagnottes, si elles sont utilisées avec réflexion sur un projet solide, mais je vois bien trop souvent des demandes de "dons" qui finalement n'engage pas le tout jeune créateur dans les risques inhérents à la création d'un projet. C'est dommage car certes l'investissement est moindre, mais cela diminue aussi le besoin vital de s'en sortir. Il y a quelque chose d'incroyable lorsqu'on se lance seul, une force qui vous pousse, une énergie de survie, une motivation qui vous fera voguer sur des heures sup' à gogo.

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Vioscrap

Mes conseils :

La chance. Il en faut un peu, c'est évident ! Ma chance est venue avec le coussin de colère. J'avais un bon "produit" (que ce mot est vilain !),nouveau et utile, présenté au bon moment (la parentalité positive émergeait enfin dans les livres et les magazines), au bon endroit (ma tribu de mamans sur Facebook était enthousiaste) et la mayonnaise a pris. Je n'ai pas eu besoin de faire de la pub,  ni de "marketer", ni de faire un "business plan".

Rester soi-même. Lire et apprendre, un grand oui ! Mais il faut se méfier des solutions clés en main dupliquées sans fin à toutes les créatrices du Web.

Conseiller d'être soi-même ressemble de nos jours à un pur cliché, le truc genre citation sur écran vert, avec musique de fond pleine d'énergie avant de te dire d'acheter du coca pour être toi même... Ok, je comprends. FaceBook a été ma plus grande vitrine parce que j'y étais moi-même, comme à la maison et finalement la meilleure ambassadrice de Shirley Ze Pap. On attire à soi des gens qui nous ressemblent, au moins sur des points essentiels. Puis j'ai commencé à être dépassée par les commandes et par la fatigue, ne plus savoir quoi dire, ma présence en ligne a été plus discrète, moins "sincère". Je traversais alors une grosse période de remise en question et le château a commencé à s'effondrer.

Car il ne faut pas avoir peur de tomber . Du premier jour de mon activité au point culminant de janvier dernier, tout n'a été que progression. C'est grisant ! Mais qui dit sur activité -nécessaire dans notre domaine- dit fatigue, doute, questionnement. J'ai cherché secours dans des formations intéressantes mais qui ne répondaient pas à mes attentes. Je me suis perdue en tentant de devenir quelqu'un de différent, à suivre des conseils tout prêts et mettre au point des "stratégies", à écouter ceux qui disent que l'avenir c'est la production de "masse" ou rien. J'ai passé les 6 premiers mois de l'année à vaciller, incapable de savoir où aller et comment m'y rendre.

Ce n'était plus moi. Peut être vous y sentirez vous à l'aise ? Tant mieux ! Moi, c'est le No Marketing, c'est ça mon business plan. Ne pas prévoir mais ressentir les choses, ce qui n'est pas incompatible avec la réflexion globale de la situation. C'est en commençant à l'accepter que j'ai pu de nouveau ressentir la joie dans ce que je fais. Ressentez les, laissez-vous guider par votre personnalité. C'est votre différence qui fera de vous quelqu'un d'interessant à suivre, c'est encore cette différence qui sera visible sur vos créations. N'imitez pas untel parce qu'elle fonctionne du feu de Dieu, ne copiez pas une autre car ce qu'elle crée plaît et se vend. Démarquez vous en assumant votre identité propre.

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A little Market

Karma karma, guide mes pas. Je crois au karma ou à toute forme d'idée qui suggère qu'on récolte ce que l'on sème. Il y a aura toujours des gens qui écrasent les autres et réussissent, c'est terriblement injuste vu de l'extérieur. Mais quand on se penche sur la question, les choses ne sont pas si simples : quelqu'un de faux ne peut pas s'entourer ad vitam eternam de gens biens. Personnellement, je préfère le moins mais mieux, c'est ce qui me rend heureuse dans tous les aspects de ma vie.

Bosser, bosser, bosser. Et encore bosser. La chance, la personnalité, une certaine facilité entre nos mains, c'est un très bon départ. Mais rien ne vient si le travail accompli n'est pas colossal. On oublie les 35 heures, on fait une croix sur les vacances à rallonge, on coche sur sa liste qu'il faut laisser les enfants à la garderie (ou alors remerciez le ciel d'avoir des enfants méga calmes qui ne vous sollicitent pas toutes les 30 secondes !). Ce n'est pas un métier stable, un jour en haut du building, le lendemain dans la cave du troisième sous sol :) Et de nouveau il faut s'armer de courage et remonter un à un les étages. Mais c'est palpitant, épuisant, exaltant ! Vous allez accomplir des miracles : créateur, designer, photographe, équipe de comm', comptable, service achat, service après vente, emballeuse, postière, conseillère, psy (!), femme de ménage, banquière ...

Modifier, innover, adapter. Ne restez jamais sur vos acquis, soyez vives, ne perdez pas de temps sur des broutilles. La vie vous change chaque jour un peu plus, par quel miracle votre marque pourrait-elle rester la même qu'au départ ? Ne vous enfermez pas sur l'étiquette qu'on vous a collé le premier jour. 5 ans plus loin, je ne suis plus seulement "la femme des coussins de colère" :)

Je me suis créée des fiches où je réfléchis sur les raisons d'un "flop". Je remets en questions tout un tas de critères qui me permettent de modifier ma démarche : me suis-je trompée de cible ? Mon argumentaire était-il suffisamment clair ? Les photos qui illustrent montrent-elles assez le sac, le doudou ou autre confection ? Ai je communiqué de la bonne façon ? Est ce que j'ai pris du plaisir à coudre ce produit ? Le prix était il correct ? J'essaie de modifier alors les photos, les fiches, voir la création elle même. Si malgré mes efforts rien ne vient, c'est que je me suis trompée. Il n'y a pas mort d'homme n'est ce pas ?

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Créabisontine

Réseauter ? Vendre en direct sur les salons ou marchés ? Vendre en magasin ? C'est l'une des questions les plus difficiles et pourtant il faut y réfléchir le plus tôt possible. C'est toute votre démarche qui va s'appuyer dessus : calcul du prix, du temps de travail, du choix et des quantités de vos matières, de votre façon de communiquer, de faire votre "catalogue" ... Il n'y a pas de bons ou de mauvais choix ! Êtes vous motivée à vous faire un nom dans les magazines ? Aimez vous le contact direct du face à face ? Êtes vous douée pour faire votre propre attachée de presse ? Préférez vous la solitude et le cocon de votre atelier ? Prévoyez vous de n'être plus que designer d'ici 2 ans et de confier à une main d'oeuvre vos réalisations ? Voulez vous bosser à plusieurs ou tout seul ? ça peut sembler en désaccord avec le paragraphe où je parle du No marketing, du No business plan, pourtant c'est en comprenant ce que j'attendais de mon travail que j'ai pu me faire une opinion ! Donc cette phase de réflexion préalable est essentielle pour savoir où aller et comment le faire.


Calculer ses prix. Il y a autant de formules magiques que de personne ! Il fut un temps où j'additionais matière première + tarif horaire + RSI. J'ai vite compris que les impôts, les taxes et l'absence de congés payés, les mutuelles complémentaires et investissement imposés de mieux calculer son tarif. Et encore, je n'aborde pas le coût du travail horaire d'un artisan qui crée lui même un objet rare. Ni le fait qu'une grippe peut nous faire perdre trois semaines de "salaire" !

Au delà de ça, il y a le rapport affectif avec ce que l'on créé, l'aspect émotionnel qui nous empêche de poser le "juste" prix. C'est la crise ma p'tite dame, y a plus d'argent, comment proposer un sac à 99€ si Lidl en propose un à 10€ ?

Pour les handicapées du tarif, les culpabilisées de la société, je conseille de se détacher de cette partie du job : laissez faire Excel :) Rentrez vos critères et il vous calculera tout comme un parfait assistant !

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Trouvé sur le net

 

 Bien sûr, cet article n'est qu'un mince aspect de la vie d'une micro entreprise. Il ne vous apportera aucune solution, juste des pistes de réflexions.

Je vous souhaite un immense courage !

 

Belle semaine !